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Un polar poétique et savoureux: Bluebottle de James Sallis

Publié le

Un polar poétique et savoureux: Bluebottle de James Sallis

Résumé

« Dans un club miteux de La Nouvelle-Orléans, Lew Griffin fait la connaissance d'une femme blanche d'un certain âge qui se présente comme journaliste. À peine sortent-ils du bouge qu'une fusillade éclate : Lew se prend plusieurs balles dans le corps et tombe dans le coma. Quelques mois plus tard, privé de la vue, Lew se réveille sur un lit d'hôpital, et les questions se bousculent dans son crâne. Qui a tiré ? Était-il la cible ou bien était-ce cette mystérieuse femme qui a, depuis, disparu ? Et pourquoi la mafia locale veut-elle mettre la main sur elle ? Tout cela aurait-il un lien avec ce mystérieux mouvement pour la suprématie de la race blanche qui commence à faire parler de lui dans les quartiers populaires de La Nouvelle-Orléans ? Pour trouver la réponse, Lew Griffin devra s'allier à d'étranges personnages et déterrer les racines des traumatismes qui hantent la société américaine des années 60 » (quatrième de couverture)

Mon avis

Quel livre étrange que ce roman policier qui tout en utilisant les poncifs du genre (la mafia, le privé alcoolique qui vit avec une prostituée…) les fait voler en éclats : pas de suspens, pas d’enquête menée à un rythme effréné, ni de rebondissements, ni de résolution de l’intrigue bien déterminée. En plus le détective cite, entre autres, Rabelais et Sartre. L’essentiel est dans la beauté de l’écriture, savoureuse et poétique qui excelle à dire la mélancolie ainsi que les plaies de l’Amérique avec humour souvent (« A l’époque, les Noirs n’étaient pas nombreux à entrer chez Danny Boy. (…) Il a examiné d’un peu plus près mon costume noir, ma chemise bleue et ma cravate. Godzilla aurait pu tout aussi bien entrer dans ce bar et commander gaiement un daïquiri. »).

Les descriptions des cafés sont délicieuses. Petit florilège:

« Chez Leonardo était une capsule temporelle qu’on avait oublié d’enterrer. Le restaurant était là depuis toujours ; aucun changement n’y avait jamais été apporté. »

« J’ai (…) pris mon petit déjeuner chez TiJean, un établissement grand comme un lit de camp qui sert des haricots rouges en garniture quelle que soit la commande »

« j’ai pris un petit déjeuner composé de graisse artistiquement disposée autour d’îlots d’œufs et de pommes de terre ayant l’air (et le goût) des franges d’une veste en daim »

L’auteur

James Sallis est né en 1944 en Arkansas. Il ne s’est pas tourné immédiatement vers le polar. Avant cela il a écrit de la poésie, des textes sur la musique. Il a arpenté les Etats-Unis, a té kiné, professeur de création littéraire. Il est aussi traducteur (Neruda, Cendrars, Queneau…) et biographe de Chester Himes.

Il a fait ses débuts dans le polar avec la série mettant en scène le privé Lew Griffin (6 romans). La vie de Chester Himes sert de modèle à ce personnage de privé noir dont la vie part à la dérive.

Il est connu aussi pour la série « John Turner » (3 romans) et pour la série du « chauffeur ». Drive est d’ailleurs adapté au cinéma. En 2013 il a reçu le grand prix de littérature policière pour Le tueur se meurt.

A lire si : vous aimez la Nouvelle-Orléans, l'humour désespéré, les polars poétiques...

Auteurs associés : C.Himes, Chandler, R.Hugo, James Lee Burke…

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