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Janis Otsiemi, Le Chasseur de lucioles: le San Antonio du Gabon.

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Janis Otsiemi, Le Chasseur de lucioles: le San Antonio du Gabon.

La vie est dure à Libreville, le SIDA (« Syndrome Inventé Pour Décourager les Amoureux ») fait des ravages, les emprofitosituationnistes (les opportunistes, les profiteurs) ont le pouvoir, la corruption gangrène la société jusque dans les rangs de la police. C’est dans ce contexte que des prostituées (« les lucioles » dans l’argot gabonais) sont assassinées, que des malfaiteurs utilisent des armes de guerre pour commettre un braquage.

A travers deux histoires qui s’entremêlent et qui reprennent les codes du roman noir, Otsiemi nous fait explorer les bas-fonds de Libreville avec une grande vivacité et une langue française vivifiée par un parler populaire, des proverbes qui ponctuent chaque chapitre (« Le pied qui a été mordu par un serpent a peur d’un bout de corde ») et par des inventions verbales (« il n’était pas du genre à laisser camembérer une situation ») qui constituent un vrai bonheur de lecture.

On n'est pas loin de Céline, de Queneau et de San Antonio.

L'auteur: il est né en 1976 à Franceville au Gabon. Il vit à Libreville. Il vient d'un milieu modeste (son père était ouvrier dans le bâtiment et sa mère vendait du manioc). Il arrête l'école après la 3ème et c'est là qu'il a la révélation de la littérature avec un poème de Lamartine, "Le Lac" puis avec les œuvres de Le Clézio qu'il découvre tout seul. Il publie son premier roman en 2001 et a aussi écrit des essais sur la politique de son pays.

On sent qu'il est un homme en colère et que ses polars lui servent à la fois d'exutoire et de critique comme le montre Sabrina Champenois dans un excellent article dans Libé (http://www.liberation.fr/livres/2013/06/03/janis-otsiemi-opaques-tropiques_907952) dont voici quelques extraits:

"Mais amertume aussi, d’avoir besoin d’être adoubé par l’ex-puissance coloniale pour espérer toucher le public de son pays. Sachant que le Gabon ne compte qu’une vingtaine d’écrivains, «un ministère de la Culture réduit à une coquille vide», et une poignée de librairies (trois à Libreville, orientées vers le scolaire). Or, Otsiemi vise un impact local, se revendique «écrivain engagé», les mains «dans le cambouis». Il exhorte d’ailleurs ses pairs : «Des jeunes prennent le risque de mourir pour aller en France… Mais pour changer les choses, restons chez nous, et mettons la pression sur nos dirigeants !»

«La liberté chez nous est une chimère ; moi-même, je m’oblige à une certaine autocensure.»«L’opposition n’existe pas, il ne s’agit que de déçus qui auraient voulu prendre la relève de Bongo père et qui ne font qu’essayer de négocier leur retour à l’étable.» «Le pays est bradé, à la Chine, à Singapour, à Dubaï.»«On a vécu une transition politique, or, aucun livre gabonais n’est encore paru là-dessus, il faudrait attendre que Pierre Péan le fasse…» «J’ai voté une seule fois, en 2009, et je ne compte pas renouveler : ça ne sert à rien.» L’infantilisante «joie de vivre africaine»peut aller se rhabiller."

A lire si: vous aimez l'Afrique, si vous avez envie de découvrir la société gabonaise, la richesse du verbe

Auteurs associés: Frédéric Dard, Queneau, Céline...

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