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Louis-Ferdinand Despreez, La Mémoire courte: percutant.

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Louis-Ferdinand Despreez, La Mémoire courte: percutant.

Résumé

"Un macchabée sur le trottoir tous les samedis, et méchamment arrangé. Pour faire bonne mesure – et brouiller les pistes sans doute –, le tueur, chaque fois, a pris soin d’arracher au pauvre zigue la peau du visage. L’inspecteur Francis Zondi est dans le noir : il a l’habitude, c’est la couleur de sa peau – on est à Soweto (Afrique du Sud), un endroit où ont toujours rôdé d’inquiétants fantômes. Un endroit, surtout, où il faut beaucoup d’astuce ou des poings solides pour s’en tirer. " (seuil)

Mon avis

L'inspecteur Zondi est en panne sur l'autoroute. Pendant qu'il attend qu'un collègue vienne le dépanner un homme risque de se faire massacrer. Il y a déjà « une tripotée de cadavres de grands Noirs à moitié désossés et sans visage, nus comme au premier jour (...) en train de s'empiler dans les tiroirs de la morgue de Soutpansberg ».
Ce n'est pas seulement Zondi qui est hors-jeu sur sa bande d'arrêt d'urgence, c'est aussi la démocratie sud africaine qui bat de l'aile et cette première enquête percutante (dans tous les sens du terme) de l'inspecteur, justicier qui ne vit que pour son travail, s'attache à expliquer les dysfonctionnements (selon l'auteur) de cette société post apartheid.
Le style est direct comme un coup de poing et correspond bien au regard et à l'humour désabusé de l'auteur que l'on retrouve par exemple dans sa définition très personnelle des différentes langues officielles du pays: "l'afrikaans c'est fait pour gueuler et pour donner des ordres...L'anglais, c'est bon pour revendiquer ou pour se justifier et vos justifications, vous svez où je me les mets. Et si ça ne vous plaît pas vous pouvez toujours aller chialer en zoulou...".

C'est un roman noir, très noir, sans illusion sur l'état du monde, assez court mais marquant.

L'auteur

Louis Ferdinand Despreez est né en 1955 dans la province du Transvaal. C'est un descendant de huguenots immigrés ­en Afrique après la révocation de l'édit de Nantes ­­par Louis XIV en 1685. Il est d'expression anglaise mais parle et écrit parfaitement le français. Il se montre fort discret, en raison de ses activités « au service du gouvernement sud-africain ». Il n'existe aucune photo de lui. Et on se demande du coup si son nom n’est pas un pseudonyme d’autant plus que son prénom est un hommage à Céline (Le Voyage est l’un de ses romans préférés).

« Depuis longtemps, Despreez avait rejoint les rangs de l'ANC (African National Congress), le parti de Nelson Mandela, dans sa lutte contre l'apartheid. Depuis 1994, fin de la ségrégation, avènement de la démocratie et arrivée de l'ANC au pouvoir, il a œuvré pour la réconciliation nationale, et il sillonne le monde (l'Afrique et l'Asie essentiellement) afin de « promouvoir l'image et le savoir-faire de l'Afrique du Sud ». C'est vague. D'aucuns en font un ­barbouze. » Le Figaro

*La Mémoire courte (2006)

*Le Noir qui marche à pied (2008)

A lire si vous aimez le polar qui bouscule les certitudes et le politiquement correct...

Auteurs associés: Deon Meyer, Wessel Ebersohn, H.Mankell...

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