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Cultissime: Richard Hugo, La Mort et la belle vie

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Attention coup de cœur

Barnes-la tendresse est l’adjoint du shérif de Plains, Montana. Il tient son surnom de sa gentillesse, de son écoute des autres. Cela lui a quelquefois joué des tours (de vilains tours) et lui a valu un séjour à l’hôpital pour avoir trop fait confiance à un petit pépé. Gentil ne veut pas dire pour autant imbécile. Barnes est un excellent flic doué d’un instinct assez sûr, qui aime mieux réfléchir que de se servir de son arme. Il aime la vie, les femmes (Arlène surtout mais pas seulement). Il fait penser aux personnages que l’on trouve fréquemment chez Jim Harrison, un peu obsédé sexuel (« Je n’avais nullement l’intention de consacrer cette heure-là à dîner. Je voulais Arlène. Du coup j’ai crevé de faim pendant toute la réunion »),goûtant des joies simples et poète à leur heure (Barnes a écrit de Attention coup de cœurla poésie d’ailleurs). Barnes a aussi un peu du Philip Marlow de Chandler.

 

 

C’est donc un flic un peu atypique que nous présente Richard Hugo dans un polar (le seul qu’il ait écrit) qui ne l’est pas moins : tout commence par le massacre d’un pécheur au bord d’un lac. La suspecte serait une géante d’au moins deux mètres, aux cheveux blancs qui se promène avec une hache, le témoin, un prof d’université ivrogne. Le ton est donné entre détachement désabusé (« C’est sans nul doute signe qu’on vieillit quand les filles vous paraissent plus jolies qu’autrefois »), noirceur (« En démarrant, je pensai à mon père qui était rentré un soir à la maison après avoir perdu son travail et qui s’était mis à pleurer cependant que ma mère s’efforçait de le réconforter. Je pensai à un Noir de Seattle qui ne voulait pas être un violeur d’enfants mais qui, ne pouvant s’en empêcher, m’avait dit qu’il allait se tuer, ce qu’il avait fait en s’immolant par le feu. Je pensai à une petite fille qui s’était noyée dans un lac près de Seattle et aux cris de sa mère quand on avait tiré de l’eau le cadavre de son enfant. Je pensai à un monde où la vie est toujours trop dure, où on nous demande d’en supporter davantage qu’on en est capable. Je chialai comme un môme. Pour personne en particulier, pour nous tous ») et humour (« Elle portait une longue robe orange vif qui soulignait ses chairs grasses et molles. La robe s’accordait à peu près autant au rose impossible des murs que Joyce Clueridge s’accordait au genre humain ») pour ne pas désespérer complètement de la vie et de l’humanité.

Le roman avance doucement, il prend son temps pour mieux nous présenter les personnages, l’atmosphère. La Mort et la belle vie dépasse le cadre du roman policier. C’est un très bon roman psychologique qui interroge des thèmes essentiels comme l’amour, l’amitié, la puissance des nantis.

Al Barnes est un personnage attachant, un bon gars qu’on aimerait avoir pour ami.

« Si vous dévalisez une banque, vous pouvez être sûr d’avoir à vos trousses tous les flics aussi bien locaux que fédéraux. Si vous tuez quelqu’un, à moins qu’il ne s’agisse d’un personnage important, seuls deux ou trois inspecteurs locaux se verront chargés de l’enquête. »

« Une femme de cette taille qui se promènerait dans la région depuis trois ans et assassinerait des gens à la hache sans laisser le moindre indice (…). Je me rappelais une affaire remontant à plus de vingt ans : un auto-stoppeur qui avait tué cinq ou six personnes mesurait à peine plus d’un mètre soixante, avait un œil de verre et les mots « no future » tatoués sur les mains à raison d’une lettre sur chaque jointure, et pourtant, des semaines durant, alors que son signalement avait été diffusé partout, on ne signala nulle part sa présence. »

L'Auteur

Richard Hugo (1923-1982) est connu avant tout pour son unique polar, La Mort et la belle vie (1981),qui rata de peu le prix Pulitzer. La leucémie foudroyante qui l’emporta en 1982 l’empêcha de continuer les aventures de son policier Al Barnes. On peut cependant lire les 80 premières pages dans un recueil intitulé Si tu Meurs à Milltown qui rassemble des inédits.

Richard Hugo est aussi (et avant tout) un poète. Son premier recueil est publié en 1961. Peu après il enseigne le « creative writing » à l’université du Montana. Il a eu pour étudiant James Welch, James Crumley. Il est un pionnier du groupe des Ecrivains du Montana.

James Welch écrivait à son propos :

« Un vrai poète est celui qui vit les poèmes, qui est tellement habité par le monde imaginaire et le besoin d'écrire que cela guide aussi sûrement sa vie que les étoiles guidaient le vieux marin »

A lire si vous aimez les flics désabusés et poètes, les grands espaces américains, l'humour, les romans d'atmosphère...

Auteurs associés: Tapply, Jim Harrison, Chandler, Ian Levison...

 

 

 

 

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